Jacques Villeglé : quand le flâneur s’empare du monde
Né en 1926, Jacques Villeglé explore d’abord sa Bretagne natale dans le contexte de l’après-guerre. Les débris du Mur de l’Atlantique sont les premiers « déchets » qu’il recueille au cours de ses flâneries. Fils de fer, pièces en acier rouillé, constituent les premiers éléments constitutifs de son œuvre, qu’il abandonne toutefois rapidement pour explorer les possibles de la couleur.
Les prospectus abandonnés, puis les affiches lacérées, deviennent alors les nouveaux objets de son attention. Pour Villeglé, la ville est par elle-même un immense collage d’impressions et de visions proliférantes, et l’affiche lui permet de s’emparer du monde.
Si ses études d’architecture aux Beaux-Arts de Nantes lui permettent d’intégrer à sa compréhension de la ville les grands concepts de l’urbanisme et de l’espace public, Villeglé revendique avant tout la position du flâneur. En refusant d’intervenir sur les affiches qu’il s’approprie, il veut faire émerger des fragments de réalités urbaines, disséminés dans l’espace chaotique de la ville, ensevelis sous les différentes épaisseurs du papier. Pierre Restany écrit, à propos de l’artiste : « Jacques Villeglé est de ceux pour qui le monde de la rue est un tableau permanent ». Ainsi, c’est la rue qui s’exprime davantage que l’artiste, et Villeglé s’oppose à la figure du créateur isolé. « Inventeur » au sens archaïque du terme plus que créateur, Jacques Villeglé découvre et montre des réalités qui préexistent à son intervention. La rétrospective que lui consacre le Centre Georges-Pompidou prend ainsi le titre de la « Comédie urbaine », faisant de l’œuvre de Villeglé l’actualisation de la reconstitution balzacienne du monde ; pour ce signataire de la Déclaration constitutive du Nouveau Réalisme en 1960, l’œuvre est à la fois prélèvement et écho de la réalité.