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La Chronique

En 2004, le macLYON acquiert World Trade Center Recording: Winds after Hurricane Floyd, de Stephen Vitiello.

Depuis 2002, le macLYON dispose d'une installation sonore de Stephen Vitiello : World Trade Center Recording: Winds after Hurricane Floyd. L'artiste enregistre, à partir de capteurs disposés sur le 91e étage de la tour n°1, l'ensemble des sons environnants, depuis le trafic automobile jusqu'aux vibrations des parois vitrées, et capte quelques instants, devenus historiques, de la vie des deux tours. Entre espace et son, l'installation intègre définitivement la collection en 2004 après le transfert par le FNAC qui s'était porté acquéreur de l'oeuvre.

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Stephen Vitiello : musicien et "sound artist"

C'est dans l'appartement d'Allen Ginsberg que Stephen Vitiello, alors âgé de treize ans, s'empare d'une guitare pour la première fois. La guitariste du groupe punk new-yorkais The Stimulators lui apprend quelques accords ; devenu musicien rock, Vitiello joue à son tour en compagnie de plusieurs groupes new-yorkais.

Mais l'artiste ne se satisfait pas d'une maîtrise traditionnelle de l'instrument. A l'Electronic Arts Intermix - un groupement d'artiste à l'origine d'une entreprise de distribution de vidéos pour laquelle il travaille- il côtoie de nombreux artistes sous l'influence desquels il fait évoluer son travail vers l'expérimentation sonore.

Vitiello crée seul de nombreuses bandes-sons, avant d'être invité à collaborer avec plusieurs artistes. En 1989, Tony Oursler demande à utiliser sa musique pour une installation vidéo qu'il présente en Hollande. Puis Nam June Paik lui demande son aide pour créer un concert-happening en hommage à Joseph Beuys. Les collaborations se multiplient : Vitiello enregistre par exemple des performances Fluxus qui durent jusqu'à trente jours d'affilée. Son oeuvre s'enrichit au contact des artistes visuels avec lesquels il travaille : « Je ne suis devenu un musicien intéressant que lorsque j'ai commencé à travailler avec des artistes visuels, à rechercher des moyens parallèles à ceux qu'ils utilisaient pour traiter les images ».


Travailler sur la dimension physique du son


Dans ses enregistrements, Stephen Vitiello cherche à créer, à partir d'un travail sur les sons environnants, de véritables paysages sonores qui modifient notre perception du monde extérieur. En s'intéressant à la dimension physique du son, l'artiste s'emploie à recréer des atmosphères et des formes, montant en cela de véritables installations.

Le travail de Stephen Vitiello sur le son est alors indissociable de son appropriation d'un autre medium : la vidéo, véritable point de rencontre entre ses trois passions qui sont la théorie, la littérature et la musique. Alors qu'il se pose en tant que curator , la question de l'entrée des oeuvres sonores dans les expositions et les musées, Vitiello voit dans l'histoire de la vidéo et dans ses premiers combats, le modèle d'une conquête à reproduire. Aussi est-il responsable d'avancées majeures dans l'intégration des oeuvres sonores au monde des galeries et des musées : en 1997 au Museum of Modern Art de New York, de même qu'au Whitney Museum où il met en scène, en tant que conservateur en chef, une section de l'exposition The American Century Part II intitulée I Am Sitting in a Room: Sound Works by American Artists 1950-2000. Il fait entrer plusieurs pièces expérimentales d'artistes sonores dans les murs d'institutions majeures.


La pièce : World Trade Center Recording : Winds after Hurricane Floyd, 1999-2002


En 2002, le macLYON monte l'exposition New York , New Sounds, New Spaces, dont Stephen Vitiello assure le commissariat. C'est à cette occasion que le musée expose la pièce : World Trade Center Recording: Winds after Hurricane Floyd. L'installation entre définitivement dans la collection en 2004, après le transfert du FNAC qui s'en était d'abord porté acquéreur.

En 1999, l'artiste s'installe au 91e étage de la Tour 1 du World Trade Center et enregistre, à l'aide de capteurs qu'il dispose sur les parois de verre, divers sons environnants la tour quelques semaines après le passage de l'Ouragan Floyd (trafic automobile, avions, fréquences radio, vibrations du verre et oscillations des structures métalliques). Les craquements et les variations sonores imposées par le vent dessinent un ensemble de flux qui recomposent l'environnement des tours. C'est la structure du gratte-ciel qui est alors traitée comme un véritable sujet vivant, au coeur d'un système de vibrations et de modulations sonores.

Exposée avec trois photographies couleur de petit format qui restituent le paysage serein vu du 91e étage par les verrières, l'oeuvre fait écho, au sein de la collection du musée d'art contemporain, aux dispositifs sonores d'Alvin Lucier, de même qu'au « principe musical » des os conducteurs créé par Laurie Anderson. Rétrospectivement, l'oeuvre devient la captation d'un moment de la vie du World Trade Center : fragment sonore d'une atmosphère disparue, elle est le reflet d'une réalité devenue historique, explorée d'une manière unique.