Menu principal

CHANGE LANGUAGE

Comment se passe le travail avec les artistes ?

Comment se passe le travail avec les artistes ?

Thierry Raspail : "Evidemment, il y a de multiples façons de travailler avec un artiste. L'une d'elles a été, pour nous, de créer avec chaque artiste une exposition inédite souvent de grandes dimensions, qu'on a longtemps appelé une production, et qui avait comme finalité d'entrer telle quelle dans la collection. C'est cela collectionner des expositions. Chaque exposition prend la forme d'une question posée à l'artiste qui répond (ou non) en fonction de l'espace particulier et à laquelle il donne une forme. Les questions que nous lui posons sont bien sûr déjà dans l'oeuvre : ainsi la question du « live » posée à Abramović, ou celle de l'existentiel posée à Robert Morris. Ce qui nous a distingués d'autres institutions à l'époque où nous avons commencé ce travail, c'est probablement l'ampleur donnée aux projets réalisés avec les artistes que, seule peut-être, la Dia Foundation développait également.

Comme dans les autres musées, il y a aussi des expositions collectives. L'exemple récent le plus révélateur peut-être est pour nous Indian Highway, une exposition conçue et réalisée en collaboration avec la Serpentine Gallery de Londres et l'Astrup Fearnley Museum d'Oslo. C'est un projet conduit indistinctement avec des artistes et avec des structures. Chacune d'entre elles développe son propre projet à partir d'une idée initiale. Chaque expo porte le même titre mais s'avère profondément différente car elle est une succession d'interprétations jamais close.

Enfin, il y a l'exposition monographique, plus académique (mais dans le bon sens du terme), où il s'agit de rendre compte d'une oeuvre individuelle. Pour nous, il y a derrière la monographie l'idée d'une réévaluation avant tout d'un regard critique, même si cela peut sembler prétentieux de notre part. Ainsi de l'exposition Alan Vega, Infinite Mercy en 2009, mais aussi de la rétrospective Ben en 2010, d'expositions très différentes, voire de l'exposition Warhol L'oeuvre ultime en 2005 qui se doublait d'une collaboration avec deux autres musées. C'est aussi l'enjeu principal de la rétrospective Robert Combas, intitulée Greatest Hits actuellement en préparation. A ce sujet, il y a dans la collection comme dans les expositions un aspect particulièrement important, c'est le lien entre espace sonore et espace visuel . Une communauté qui sans être une ligne directrice traverse toute la collection. . D'ailleurs à l'automne 2012 les oeuvres de George Brecht et La Monte Young de notre collection seront présentées en regard de l'exposition consacrée à John Cage et Erik Satie. Au fond ce qui importe, c'est de ne pas distinguer exposition et collection. C'est pourquoi, il peut nous sembler parfois préférable de ne pas exposer la collection plutôt que d'en figer la présentation. Quand elle est montrée, c'est toujours sous la forme d'un événement spécifique, toujours différent, car dans « arts plastiques », c'est la plasticité qui compte."

Dernière modification : 04/01/2012 12:09