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L'oeuvre du mois : Lucio Fontana

Juillet 2014

Dernière exposition : rétrospective à la galerie Gagosian de New York (3 mai - 30 juin 2012).

 

Œuvre réalisée en octobre 1967 par Lucio Fontana, seule originale et autographe parmi les Ambiente Spaziale exposées aujourd’hui, acquise en 1984 :

Ambiente spaziale, 1967.
Dimensions : 235 x 346 x 295 cm
N°d’inventaire : 984.1.1

En 1949, Lucio Fontana réalise, à la galleria del Naviglio à Milan sa première Ambiente spaziale intitulée Ambiente spaziale a luce nera ou également Ambiente nero . Dans un espace noir, une forme abstraite, en trois dimensions et en suspension, peinte au vernis phosphorescent, est éclairée par une lumière de Wood (lumière noire). L’œuvre, exposée quelques jours seulement, crée un débat.

Le 10 février de la même année, à l'occasion d'une conférence, Fontana présente l’œuvre comme la « première tentative pour se libérer d’une forme plastique statique ». Et il précise : « L’important était de ne pas faire une exposition habituelle de tableaux et sculptures, et d’entrer dans le vif de la polémique spatiale . »
La « polémique spatiale » est lancée par les expositions, les déclarations et les manifestes des spatialistes, par exemple : « Nous abandonnons la pratique des formes d’art connues et nous abordons le développement d’un art fondé sur l’union du temps et de l’espace . » (souligné par nous.) ; « Couleur, son mouvement, espace qui s’intègrent dans une unité à la fois idéale et matérielle. La couleur élément de l’espace, le son élément du temps et le mouvement qui se développe dans le temps et l’espace. Ce sont les formes fondamentales de l’art nouveau qui contient les quatre éléments de l’existence. Ces derniers seraient les principes théoriques de l’art spatial. » Ce « milieu spatial à lumière noire » de 1949, ni peinture, ni sculpture est un moment très particulier dans l’œuvre de Fontana et une date cruciale dans l’histoire de l’art du XX e siècle puisque l’Ambiente rend tangible un principe de dématérialisation et inaugure la transition de la sculpture vers l’environnement.
Ce qu’on pourrait nommer « la série » des Ambiente spaziale, au nombre limité, débute en 1949 avec l’Ambiente nero, passe par l’arabesque fluorescente de la Triennale de 1951, puis par l’environnement pour Italia’61 , suivie des deux Ambiente de 1964, Milan Palazzo Reale et Triennale 1964, et des deux de 1966, Minneapolis-Austin et Biennale de Venise, et s’achève avec les trois Ambiente réalisées en 1967, respectivement au Palazzo Trinci de Foligno (détruite, reconstruction posthume en 1982), à la galleria del Deposito à Gênes et au Stedelijk Museum d’Amsterdam (détruite).

Lorsque nous apprenons qu’une Ambiente spaziale de 1967, seule rescapée, est disponible à la galerie Durand-Dessert (Paris), nous décidons de l’acquérir dans les plus brefs délais. Nous sommes alors en 1984, et ce sera la toute première œuvre acquise par le Musée. Dans la descendance de l’Ambiente nero, cette œuvre reflète un tournant de l’histoire et anticipe l’« installation ».

L’Ambiente spaziale de 1967 que nous acquérons en 1984 est composée de neuf toiles tendues sur châssis assemblées de telle sorte qu’elles construisent une « cabane » à voir de l’intérieur (un toit, quatre murs, une entrée). Le public est invité à pénétrer dans cet espace sombre, éclairé à la lumière noire. Sur les toiles, qui sont des tableaux, des points phosphorescents dessinent des lignes, semble-t-il, aléatoires, mais qui suggèrent ou plutôt commentent les trois dimensions. La quatrième est donnée par notre propre déambulation, incertaine car sans repère et sans guide, laissée à notre libre arbitre et pour une durée relevant de notre seule décision. Avec l’Ambiente spaziale, Fontana renonce aux papiers ou toiles perforées, les Bucchi, dont la finalité consiste à aller au-delà de la paroi, mais dont le résultat contribue aussi à souligner l’importance de la surface. Dans l’Ambiente spaziale, en lumière noire, l’espace circonscrit s’estompe tout comme disparaissent les limites matérialisées par les fonds noirs rendus invisibles des toiles. Le visiteur est véritablement dans l’espace, sans qu’il soit nécessaire de recourir au substitut symbolique de la perforation de la surface, (le « concept » spatial). En bref, Fontana projette notre regard au-delà de la toile, dans toutes les directions, tout en nous maintenant en deçà, enveloppés que nous sommes par l’immatérialité, physiquement incarnée par le noir lumineux de l’Ambiente spaziale. Elle semble bien, pour reprendre Fontana, « un art fondé sur l’union du temps et de l’espace ».

L'œuvre, montrée récemment à la galerie Gagosian à New York, manque à la rétrospective organisée par le MAMVP car celui-ci a finalement renoncé à l'emprunter en raison de sa désormais grande fragilité.

Lucio Fontana
Né en 1899 à Rosario (Argentine), décédé en 1968 à Comabbio (Italie).

Ambiente spaziale, 1967.
Collection du macLYON

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