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L'oeuvre du mois : Bill Viola

Février 2014

Dès février 1985, alors que le macLYON est temporairement installé dans une partie inoccupée du Palais des Beaux-arts, nous prenons contact avec Bill Viola et lui proposons de produire une oeuvre inédite assortie d’une acquisition.

A cette date, les vidéos mono bandes de Bill Viola sont régulièrement présentées par Georges Rey, cinéaste, commissaire et enseignant, à l’ELAC (Espace Lyonnais d’Art Contemporain)*.

Nous n’avons aucune réponse de l’artiste avant 1992, date à laquelle Bill Viola accepte de participer à la 2e Biennale de Lyon : « J’ai bien reçu tous vos messages et vous en remercie, nous dit Viola amusé, 7 ans après, mais je n’avais pas de temps et aucune opportunité pour votre invitation au Musée ; j’aurai une pièce inédite pour la Biennale, sur laquelle je travaille actuellement : Tiny Deaths, une triple projection. »

Tiny Deaths sera acquise par le macLYON à l’issue de la Biennale de 1993.

Tiny Deaths comme Threshold, 1992, Pneuma, 1994 ou Internal, 1995, intègre l’image vidéo de telle sorte qu’elle devient partie intégrante de l’architecture elle-même. L’œuvre se « déroule » sur 3 des 4 murs de la pièce : dans une salle obscure de 7,50 x 7,50 m dont on discerne malaisément les limites. Un personnage en pied de face, d’une taille légèrement supérieure à l’échelle humaine apparaît peu à peu dans une tonalité grise, silhouette brouillée, mais suffisamment distincte pour être identifiée. C’est une figure sans qualité ni défaut particulier, semblable à celles que l’on peut croiser dans la rue…

Puis de façon apparemment aléatoire, un personnage voire deux émergent lentement de l’obscurité sur l’un ou l’autre des murs. L’image se précise également avec une extrême lenteur. Puis l’intensité lumineuse et le son croissent soudain, comme répondant à une accélération fulgurante et explosent bientôt dans un flash éblouissant qui désintègre le personnage… Retour brutal au noir. Puis de nouveau, sur l’un ou l’autre des murs émerge graduellement de l’obscurité une autre silhouette selon le même lent processus jusqu’à sa disparition éclair. Petites morts.

La lente apparition puis l’accélération brutale jusqu’à la déflagration finale interrompt, sans logique aucune, ces vies minuscules et anonymes qui émergent sur l’écran tour à tour ou ensemble. Métaphore de l’existence courte que nous partageons dans la vie, ces figures anonymes sont fauchées sans raison, sans histoire et sans trace. Tragique et dérisoire !

Le son revêt une importance toute particulière dans l’installation : inaudibles et superposées, des voix emplissent la salle, comme projetées à travers les murs. Ce sont des voix extérieures tamisées, comme si nous étions tenus dans un espace confiné, clos, un cocon ou un ventre.

Inlassablement, les figures apparaissent de façon aléatoire selon un cycle de 28, 30 et 32 minutes. Il faut par conséquent plusieurs mois avant de retrouver les mêmes configurations.

Avec Nam June Paik et Bruce Nauman, Bill Viola se faufilant entre l’histoire du cinéma, la spécificité du support et la référence à la peinture classique, a su porter « l’art de la vidéo » à l’art tout court.

* L’E.L.A.C., un des premiers centres d’art créé en France, consacre un programme hebdomadaire à la vidéo, dévolue à la création nationale et internationale. Georges Rey assure cette programmation de 1976 à 1998 et présentera toutes les œuvres importantes de l’époque : Paik, Oppenheim, Acconci, Nauman, Viola…


Bill Viola, Tiny Deaths, 1993.
Collection du macLYON